À Mogtédo, les semences de l’émancipation

À Mogtédo, les semences de l’émancipation

À 80 kilomètres de Ouagadougou, 42 maraîchères de la coopérative Wend-Panga produisent, conservent et vendent leurs semences locales. Une révolution discrète, où l’agroécologie devient à la fois revenu, résilience et pouvoir d’agir.   

Le sol est sec et la pluie se fait attendre. Pourtant, dans la pépinière de Wend-Panga, le travail ne s’interrompt pas: les femmes arrosent, préparent les plants et organisent la vente. À Mogtédo, commune du Plateau central, leur obstination raconte une mutation plus profonde que le simple passage d’une technique agricole à une autre. Ici, reprendre la main sur la semence, c’est aussi reprendre prise sur sa vie. 

 

Les 42 productrices maraîchères de la coopérative multiplient des semences paysannes locales, les conservent et les commercialisent à proximité. Adaptées aux sols, au climat et aux pratiques du territoire, ces variétés réduisent la dépendance à l’égard des circuits industriels. Cette souveraineté semencière protège en même temps une biodiversité patiemment sélectionnée, porteuse de savoirs que ne résume aucun catalogue.

Un revenu construit collectivement 

La méthode associe pratiques agroécologiques, maîtrise des semences, commercialisation et organisation collective. Solidagro et son partenaire local, l’Association Song Koaadba (ASK), accompagnent aussi le leadership, l’égalité de genre et l’approche fondée sur les droits humains. L’accès à l’eau pour la pépinière a été renforcé : une infrastructure décisive lorsque l’hivernage hésite et que chaque arrosoir mesure la fragilité du calendrier agricole.

Le changement est matériel. Les femmes tirent désormais un revenu de cette activité. Mais il est aussi politique: produire ensemble, négocier, gérer la coopérative et transmettre un savoir font entrer leur voix dans des espaces dont elles demeurent souvent tenues à distance.

   

Cette avancée locale se heurte pourtant à des obstacles persistants. L’accès à la terre reste précaire pour les femmes et les jeunes, souvent écartés de l’héritage familial. En 2025, le dialogue mené par Solidagro et ses partenaires à Yako, Mogtédo et Zabré a permis à 180 femmes et jeunes d’accéder à huit hectares. Près de 200 hectares de sols épuisés ont par ailleurs été restaurés autour de Mogtédo et de Yako. Ces résultats dessinent une voie, sans effacer la vulnérabilité aux pluies extrêmes, aux inondations ni aux pertes de récoltes. 

 

Le Burkina Faso a fait de l’agroécologie une orientation nationale pour 2023-2027. Le diagnostic officiel est sévère: baisse des précipitations, dégradation des sols et de l’eau, recul de la biodiversité, alternance de sécheresses et d’inondations. La stratégie reconnaît aussi le double fardeau des femmes, entre parcelle personnelle et exploitation familiale, et l’importance du maraîchage, de la transformation et des marchés locaux dans leurs revenus. 

 

À Wend-Panga, cette politique prend la forme très concrète d’une poignée de semences conservées, d’un point d’eau sécurisé et des choix désormais faits collectivement. Ici, nul miracle, mais une transformation patiente, construite saison après saison, récolte après récolte. L’agroécologie y porte le visage de femmes qui ont fait de leur coopérative un espace d’autonomie, où l’on ne se contente plus de subir les aléas du climat : on s’organise, on produit et l’on prépare l’avenir. Puis, au-dessus de Mogtédo, la pluie finit par tomber enfin. Dans la pépinière, les semences, elles, sont déjà prêtes.